Non merci.

Non merci.

# Posté le mardi 02 juin 2009 05:19

Modifié le lundi 08 juin 2009 15:41

Strange Fruit

Strange Fruit
« C'est dans la boîte ! »
Je voulais filmer ce que je m'apprêtais à faire, ou commettre. Il était 10h du matin, je venais de me lever, de me doucher, de me maquiller et de me coiffer. J'étais prête, présentable, et même assez coquette. J'ai placé ma caméra sur mon bureau, en face de ma chaise, et ai mis en lecture « Six days at the bottom of the ocean » d'Explosions in the Sky. L'angle de vue n'était pas mal, cependant nous ne pouvions pas me voir entièrement, mais je voulais surtout que mes pieds et la chaise soient dans le cadre. Mes pieds et la chaise. J'avais déjà préparé le n½ud de la corde, car il ne fallait pas que je perde trop de temps, la chanson ne durait pas indéfiniment, et cela aurait été très disgracieux de la faire tourner en boucle. Mon portable sonna alors que j'allais monter sur la chaise. Je répondis.
« Ouais, j'arrive, non je ne serai pas en retard, je suis déjà prête. Oui bon, si tu me lâches pas, il est certain que je ne serai pas à l'heure. Allez, à tout de suite. »
Je raccrochai, agacée d'avoir pourri la chanson avec une conversation téléphonique inutile.
Je suis alors montée, avec la corde, sur la fameuse chaise qui m'attendait, elle aussi. J'accrochai la corde à la poutre, ce n'était pas très stable, la chaise était un peu branlante. Je tremblais un peu, de peur de ne pas réussir. Mais tout se passa à merveille. Je passai la corde autour de mon cou. La caméra ne pouvait pas le filmer, elle voyait de mon corps seulement mes jambes et mes pieds. C'était assez.
Je serrai la boucle de la corde à mon cou. Et je fis tomber la chaise.
Ce fut très banal comme fin, très simple aussi à première vue. Mais voilà, « très simple », « très banal » ne me plaisaient pas. J'avais dû me filmer pour rendre la chose un peu plus attrayante, voire intéressante. Je n'avais pas choisi de date particulière, pas d'heure spéciale non plus. Le seul fait de me filmer en train de changer de monde suffisait, selon moi, à rendre ma fin relativement voire totalement à part.
J'avais toujours eu peur de finir comme tout le monde, d'une crise cardiaque, d'une ingurgitation trop prononcée de substances médicamenteuses (bonjour le lavage d'estomac), d'un accident de voiture, d'un vaisseau qui pète au cerveau, d'un truc courant, chiant, et ordinaire. Ma pendaison est banale également, mais avant que je finisse dans une boîte, elle, elle l'est déjà.

# Posté le samedi 30 mai 2009 12:21

Lovely Head.

Lovely Head.
J'avais fini de me préparer, je m'étais habillée sobrement, en noir, pour sortir, pour rejoindre mes amis, ceux à qui, étonnement, j'étais attachée. Ceux à qui je donnais des nouvelles régulièrement, des amis que je voyais souvent, que j'aimais croiser par hasard.
Je suis sortie de mon appartement, et ai fermé la porte découvrant le soleil qui réchauffait le sol depuis quelques heures, déjà. J'allumai une cigarette. La cigarette me donnait un peu plus d'assurance, voire de consistance. J'avais, d'ailleurs, toujours trouvé cela étrange chez moi. J'aurais pu, à la place de fumer une cigarette, manger une sucette, par exemple, mais j'accordais au tabac une certaine importance, et je trouvais qu'il accompagnait bien mon personnage. Comme s'il me complétait. Certains se servaient de la cigarette pour « faire comme les grands », moi je l'utilisais pour être davantage sûre de moi, cependant le résultat était le même, nous en serions accros, les dents jaunies et les poumons noirs.
Je commençai mon chemin, enjouée de retrouver mes amis. Défilait dans ma tête une petite playlist que j'aurais pu écouter, mais que je me contentais de me souvenir afin d'accompagner ma route que je qualifiais de sordide, je croisais des inconnus qui, parfois, me faisaient sursauter lorsqu'ils débarquaient d'une rue débouchant sur la mienne, j'évitais les crottes de chien, et m'amusais même parfois à ne pas marcher sur tous les vieux chewing-gums collés au sol. Tout cela, avec une grande part de discrétion, au risque, sinon, de passer pour une délurée. J'évitais ainsi tous les regards. Je n'aimais pas marcher seule, le jour, je me sentais incroyablement persécutée. Même une dose de nicotine ne pouvait rien y faire.
Alors que je traversais la route, un camion me percuta. Il ne roulait pas vite. Mais sa vitesse avait suffit pour me terrasser, pour me faire perdre conscience. Ma cigarette roula jusque dans le caniveau. Les inconnus s'agglutinèrent autour de moi tels des mouches autour d'une crotte de chien que j'avais évitée quelques minutes auparavant. J'étais en retard, mes amis essayaient de me joindre laissant la sonnerie de mon téléphone conter « the last day on Earth » au milieu de toutes ces mouches. Le trafic routier était devenu très perturbé, les klaxons se faisaient entendre puis les « oh mais qu'est ce qu'elle a ? ». Quelqu'un devait répondre à mon téléphone, quelqu'un devait les prévenir, mais on m'embarqua très vite dans un de ces camions rouges qui me faisaient parfois penser, quand je les voyais ou les entendais, « pendant que je suis là, à m'amuser, à vivre pleinement, d'autres sont là-dedans mourant, estropiés, agonisant... », aujourd'hui ce fut mon tour.
Je l'avais vu ce fameux camion. Je l'avais choisi à sa vitesse et à la tête de son conducteur, mais pas pour quelle entreprise il roulait... Norbert Dentressangle ? Caille ? France Express ?
En tout cas, il m'avait tapé dans l'½il avant que je ne me le tape tout court.

# Posté le lundi 13 avril 2009 16:57

Modifié le vendredi 17 avril 2009 18:00

Moi je vous dis bravo et vive la mort.

Moi je vous dis bravo et vive la mort.

# Posté le jeudi 07 mai 2009 17:00

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:00

Bouge de là.

Bouge de là.
Le net, finalement, n'est que la pâle copie du réel... Quand nous racontons notre vie, quand nous montrons nos photos sur un blog, sur facebook, sur un tas de trucs useless, c'est simplement fade, même parler avec quelqu'un sur MSN est sans goût. Et pourtant, nous sommes toujours là, c'est cela le plus drôle. Le net est tellement trompeur...
En effet, j'en ai marre. Cela ne date pas de la dernière pluie, car il est vrai que je sature déjà depuis un bon moment, je me sens tellement minable à rester derrière mon pc, à épier les autres, à me faire épier, à claquer ma salive virtuelle sur une dite page blanche, à faire de ma vie un blog à visiter... Pour quoi faire ? En plus, oui, pour quoi faire ? Pour passer le temps, comme si je n'avais rien d'autre à faire, ou pour parler à mes amis dont j'essaie d'interpréter les phrases, alors qu'il existe le téléphone, ou bien même si j'avais mon permis, je pourrais leur rendre visite. Mais non, je suis toujours là, je suis tenace, je m'y attache, comme si j'étais en manque de reconnaissance, comme si j'avais besoin d'être lue et vue par des inconnus... En effet, c'est minable. Facebook, rien d'autre que de l'étalage de vie pur, un système de surveillance à la portée de tous, ou comment se créer un dossier Edvige en deux trois clics. Skyblog et tous les autres sites de blogs, ou comment porter l'égocentrisme à son paroxysme ayant la prétention de pouvoir un jour intéresser quelqu'un.
Bien évidemment, le net se révèle parfois pratique, même très souvent, cependant ici, je ne parle pas des boutiques en ligne pour slips kangourous ou autres, non. Je désigne les sites qui nous confortent dans notre monde, celui où l'on s'expose en soutien-gorge ou à torse nu pour draguer, celui où l'on peut se dissimuler sous un autre pseudonyme pour éviter les représailles, celui où l'on montre notre nouveau super scooter accompagné d'une description attrayante "mon cado daniv" ou notre nouvelle moitié "jtm tro bb 4 ever" qui disparaît au bout de deux semaines après avoir été remplacée par une nouvelle autre moitié "jtm tro bb la c sur je c que t la bone persone", celui où l'on évite, finalement, toute confrontation avec le réel.
Je nous trouve ridiculement tristes, même tristement ridicules. C'est une régression totale, nous sommes plus difficilement adultes car derrière notre pc, nous pouvons encore nous permettre de faire des choses que nous faisions enfants, nous disputer, par exemple, devient plus facile avec le net, dans la vie réelle on s'évite, on s'ignore, mais cachés derrière notre écran, on ose.
Alors... j'ose espérer que, bientôt, je me détacherai de cette "vie" terne, que l'on s'oubliera et que la vie "réelle" sera suffisamment auto-suffisante pour ne plus avoir à être complétée par la vie "virtuelle".

# Posté le dimanche 29 mars 2009 15:43