Il a fallu que l'on déchire notre coeur pour parvenir à la libération. Il a surtout fallu que je piétine le mien pour devenir libre. Je suis jeune, et sûrement en train de vivre les meilleurs moments de ma vie. J'ai perdu mon insouciance d'enfant, ma naïveté juvénile pour connaître tout un tas de choses plus ou moins sensationnelles. Je pensais que seule mon enfance avait été réussie, parce que oui, j'ai eu cette chance, cette chance qui n'est malheureusement pas donnée à tout le monde. Je pensais que mon entrée dans l'adolescence serait un enfer, en effet ça l'a été, je pensais que ce serait toujours le cas, que je poursuivrais dans cette lignée décadente, foireuse, et complètement insupportable, mais je crois que tout finit par plus ou moins changer. Je vis toujours des choses décadentes et foireuses, mais loin de là insupportables. Avoir perdu mon insouciance m'a fait connaître tout un tas de choses formidables, parce qu'au final je termine droguée par la liberté, l'aspiration à la folie et à l'absence de toutes contraintes. Nous avons déjà beaucoup de contraintes, des choses qui nous insupportent mais que nous devons pourtant faire, appliquer les lois, les règles... ouais ouais. C'est parfois très lourd, et en voulant être un tant soit peu rebelles, nous voulons dévier toutes ces choses, c'est relativement ridicule car quoi que nous fassions, ces règles existeront toujours, mais je ne parle pas de ces choses là, du moins ce n'est pas cela que je pointe du doigt. C'est surtout autrui que je discerne dans tout ce tas de contraintes. Les autres ? Qui sont les autres ? Tous de parfaits étrangers paumés, perdus dans eux-mêmes, blasés parce qu'ils ont déjà tout, ou frustrés parce qu'ils n'ont encore rien. Que demandent-ils ? Que cherchent-ils ? La maison, le mariage, les gosses, l'animal de compagnie et la voiture ? Je me suis en effet souvent demandée pourquoi le propre de la vie de l'Homme était défini de cette manière. Pourquoi ce cadre ? Cette ligne ? Devenir un zombi désabusé ? Ou bien dévier la norme et être un marginal désabusé ? "Les braves gens n'aiment pas que l'on suivre une autre route qu'eux." disait Brassens. Oui ! Bien sûr ! Tout est là. Parce que ne pas se marier, finir autrement, seul et pourtant autant paumé que les autres est mal ? Ne pas procréer est inconcevable, vous croyez ? Je pense surtout qu'il est inconcevable de mettre au monde de pauvres enfants qui subiront nos erreurs du passé. Qui pourra se vanter d'avoir réussi sa vie ? Qui pourra dire "mon gosse aura une superbe vie, c'est sûr !" ? Qui ? Quel pourcentage de personnes étant en mesure de me soutenir cela pouvez-vous me donner ? Parce que non, le peuple est pauvre, les prolétaires mangent dans les poubelles, quel prolo pourra promettre à son gosse une vie de noble ? Puisque de toute façon les études sont trop chères pour un fils d'ouvrier, il finira ouvrier lui aussi. Vous avez le droit de ne pas être d'accord, parce qu'il y a toujours des exceptions qui confirment la règle, et je suis bien consciente que je généralise. Mais je ne prétends absolument pas détenir la vérité, ce n'est que mon opinion. Alors... Pourquoi ne pas dévier ce chemin tout tracé "maison, mariage, gosses, animal de compagnie et voiture" ? La vie est un échec, quoi qu'il en soit, nous mourrons tous, la mort... est-ce un échec ? Oui puisque y est soumis l'Homme, incapable de découvrir l'élixir de vie. Je considère cela comme un échec, une fin, une mise en terre, de la putain de poussière. Être réduit à néant n'est vraiment pas glorifiant. Alors est-ce que j'envisage pour le moment d'avoir cette vie bien cadrée dont tout le monde rêve ? Non, pas pour l'instant, pas en cet instant, la personne qui sera amenée à me faire changer d'avis devra être quelqu'un d'indéfinissable, ouais... quelqu'un qui peut-être n'existe pas, et est-ce que j'ai envie de changer d'avis ? Je l'ignore. Pour l'instant, ce que je peux affirmer c'est que je me sens bien, que penser de cette manière me donne incroyablement envie de vivre, alors évitons de venir briser ma vision des choses aussi puériles peuvent elles être.
Don't stop me now.